TANT QUE NOUS N’AURONS PAS DE VISAGE, C.S. Lewis (roman jeunesse)

Tant Que Nous N’Aurons Pas De Visage, c’est d’adaptation d’un mythe grec par C.S. Lewis. Il raconte l’histoire d’un roi, n’ayant que des filles (et pas de fils pour lui succéder), qui se voit contraint d’en sacrifier une aux dieux pour les apaiser.

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Ce qui est surprenant, c’est que l’auteur commence, dans l’introduction, par nous raconter le mythe en question, nous dévoilant ainsi pratiquement toute l’histoire qu’il s’apprête à raconter. Moi qui suit une parano des spoilers (vous aurez peut-être remarqué que j’essaie de vous en dire le minimum dans les résumés, parce qu’en ce qui me concerne, j’aime avoir la surprise), j’avoue avoir été un peu déçue sur le coup, même si finalement l’histoire ne suit pas exactement le récit de base. Cela dit, même si, sur le coup, je me suis dit qu’il aurait mieux valu ne pas lire cette intro, a posteriori, je ne regrette pas de l’avoir fait. Explication : ce roman est une très belle adaptation du mythe de base, pour s’en rendre vraiment compte, il faut donc connaître le mythe de base (logique). Il reste donc la possibilité de lire l’intro seulement après avoir lu le livre, mais ça perdra probablement de son intérêt, d’autant que vous serez peut-être déçus de découvrir le mythe de base, qui est quand même simple et court en comparaison du roman. A vous de voir, donc et donnez-moi votre avis à ce sujet !

Comme je l’ai dit, c’est une très bonne adaptation; principalement parce que l’auteur choisit de nous raconter l’histoire du point de vue d’un personnage, avec toute l’incertitude et la subjectivité que cela implique. Il nous permet de suivre son cheminement de pensée et les évolutions du personnage. C’est surtout pour cette raison que j’ai apprécié ce livre, cependant, ce n’est pas sa seule qualité. L’histoire est intéressante, et bien écrite.

Il y a aussi tout le combat qui se tisse au fil de l’histoire, entre la raison et la croyance. L’héroïne est tiraillée entre la logique grecque qu’on lui enseigne et la foi dans laquelle elle a été élevée, représentées chacune par un personnage qui compte beaucoup pour elle. Cette dualité est aussi bien représentée qu’elle trouve un dénouement plutôt inattendu.

Le personnage principal, Oural, m’a beaucoup plu. C’est une jeune fille très forte, qui est radical dans ses décisions, mais reste mitigée en pensées, ou plutôt en continuel combat. Les relations entre les personnages sont très bien dépeintes et très vraies. C’est d’ailleurs le principal point fort de ce livre, et aussi sa valeur ajoutée par rapport au mythe.

C’est donc un livre vraiment intéressant, mais aussi très humain, que je vous conseille.

P.S. : C.S. Lewis est aussi l’auteur de la série Narnia.

Je n’ai pas lu toute la série Narnia, et c’était il y a un bon moment. Cela dit, les deux histoires m’ont paru assez différentes, même s’il y a aussi un côté un peu « grec » et théâtral dans Narnia. Si vous avez lu les deux, je serai intéressée d’avoir votre avis !

LA VOIX DU COUTEAU, Patrick Ness (roman jeunesse)

LE CHAOS EN MARCHE / Livre 1

couverture La Voix du couteau

Todd Hewitt est le dernier garçon de Prentissville, et dans quelques mois, lui aussi sera un homme. Todd est trop jeune pour se rappeler du monde avant le virus, avant que toutes les femmes disparaissent et que le Bruit envahisse la ville. En effet, sur Nouveau Monde, tous entendent les pensées des autres, continuellement. Mais Todd n’est pas encore un homme, et il y a encore beaucoup de choses qu’il ignore. Alors, pour éviter de se perdre dans la masse sombre du Bruit, Todd répète encore et encore qui il est.

« Je m’appelle Todd Hewitt. J’ai douze ans et douze mois. J’habite à Prentissville, Nouveau Monde. Je serai un homme dans un mois exactement. »

 

Premier tome d’une trilogie, il faut s’accrocher au début car ce roman en vaut la peine. J’ai eu beaucoup de mal à m’y prendre parce qu’il y a beaucoup de fautes dans ce livre, ce qui en plus de me perturber, me gênait vraiment pour comprendre, par moments. Oui, des fautes. Si vous en l’avez pas encore lu, vous devez être surpris, mais ne vous affolez pas (enfin, quoique), il s’agit apparemment d’un parti pris. En effet, tout au long du livre, Patrick Ness cherche à retranscrire l’oralité de ce flot de pensées. On se retrouve plongés dans l’esprit du héros, le roman est donc écrit comme celui-ci parler et pense, c’est-à-dire avec des fautes de prononciation. Personnellement, je n’ai pas du tout apprécié à ce parti pris, même si j’ai totalement adhéré au style pour ce qui est du reste : phrases à rallonge ou soudainement interrompues, tout le cheminement de pensées déroulé devant nous… Cela dit, ces défauts de prononciation s’estompent au fur et à mesure de l’histoire, ou du moins, on s’y habitue. Disons que passés les deux ou trois premières parties du livre, on arrête de tiquer à chaque « esspression » propre au jeune Todd.

Ce livre permet de découvrir progressivement un univers, et c’est plutôt bien fait. Pas de révélations brûlantes pour l’instant (mais il y a trois tomes, alors peut-être que ce n’est que « pour l’instant » ?), mais l’histoire n’est pas attendue et ça fait du bien.

Les personnages sont très humains et expressifs dans leurs sentiments (forcément, quand on connait toutes leurs pensées…), leurs parcours intérieur est aussi important que le chemin physique qu’ils parcourent. Très vrais, ils sont singuliers et attachants.

Au-delà de l’histoire, l’auteur met vraiment en scène de belles images à travers le bruit et j’espère que ce livre ne sera jamais adapté en film parce que c’est vraiment un plaisir de s’imaginer comme retranscrire tout ça en images.

Je conseille donc ce livre qui a l’intelligence, malgré une très belle fin, de ne pas s’arrêter brusquement au milieu d’une phrase (« Il faut que je te dise que votre monde va être détruite, la seule façon d’agir est de… ! »), mais nous donne tout de même envie de lire la suite.